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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 12:17
A son tour, Moody's menace d'abaisser la note de la France

Par F.L.,le 14 février 2012 à 07h08, mis à jourle 14 février 2012 à 11h39

Dossier :Crise financière

L'agence de notation a abaissé lundi soir la perspective de la note Aaa de la France de stable à négative. Moody's invoque les incertitudes autour de la conjoncture de la zone euro et des ambitions de Paris en matière de réduction de déficits. Huit autres pays européens voient leur note réajustées.

Illustration de la perte du triple A français (13 janvier 2012)Illustration de la perte du triple A français (13 janvier 2012) © A.F.P. / P. Huguen
Plus question, aujourd'hui au gouvernement, de parler de la note "triple A" de la France comme d'un "trésor national". Et les commentaires sur les décisions desagences de notationse font désormais très discrets. En témoigne le sobre communiqué deFrançois Baroindiffusé après l'annonce, tard lundi soir, du placement sous perspective négative de la note française parMoody's. Le ministre des Finances a "pris acte", en soulignant que, pour l'heure, la fameuse note était certes menacée... mais pas abaissée.

Le ton a radicalement changé depuis queStandard & Poor's, il y a tout juste un mois, avait, la première, dégradé la note française. Le ministère de l'Economie avait relativisé l'annonce, attendue ; et lorsqueMoody's, autre grand nom du tiercé mondial desagences de notation, avait décidé pour sa part de maintenir le sacro-saint "AAA" pour la dette souveraine française,Nicolas Sarkozys'était félicité de ce qu'une agence "cinq fois plus importante que Standard & Poor's" avait respecté le triple A français. En bouleversant, au passage, la hiérarchie des agences, puisque la première au monde, c'est bien, et de loin,Standard & Poor's... Mais désormais, c'est précisément cette même agenceMoody'squi menace à son tour la note française. Autre annonce symptomatique,Moody'sa fait état de l'abaissement des perspectives des dispositifs publics de soutien aux banques françaises. Après la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers en 2008, en effet, le gouvernement français avait mobilisé une enveloppe globale de 360 milliards d'euros, dont 320 milliards d'aide à la liquidité via la Société de financement de l'économie française (SFEF) et 40 milliards pour le renforcement des fonds propres via la Société de prises de participation de l'Etat (SPPE).

PourquoiMoody'sfait la moue

La France est-elle seulement victime de la crise de la dette qui concerne toute l'Europe ? Il y a de ça, bien sûr. C'est d'ailleurs l'explication avancée parFrançois Baroindans son communiqué. Mais elle n'est pas la seule. Avant l'annonce de ce lundi,Standard & Poor'setMoody'ss'étaient inquiétées de la dérive des finances publiques françaises tout en mettant en garde contre le risque que les réformes économiques du gouvernement fragilisent la croissance, pilier sur lequel s'appuie justement Paris pour tenter d'atteindre ses objectifs de consolidation. De fait, le gouvernement a repoussé la semaine dernière de 2013 à 2014 la baisse de son ratio dette sur produit intérieur brut en raison de la participation de la France au Mécanisme européen de stabilité, qui doit soutenir les Etats de la zone euro en difficulté, et de prévisions de croissance ramenées de 1% à 0,5% cette année. Les engagements de réduction du déficit public sont toutefois confirmés, à 4,5% du PIB fin 2012 et 3% en 2013. Mais la Cour des comptes, qui certifie les comptes de l'Etat, a estimé qu'à peine 10% de l'effort total qui doit permettre de ramener à zéro le déficit structurel de la France - en 2016 d'après Bercy - avait été accompli l'an passé.

Mais il est vrai que le contexte européen de crise de la dette reste LE gros problème - et d'ailleurs, la France n'est pas la seule à voir sa note menacée de dégradation, voire carrément révisée à la baisse.Moody'sa également placé sous perspective négative les notes du Royaume-Uni et de l'Autriche, et a abaissé celles de six autres pays européens, dont l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Autant de pays susceptibles, selon elle, d'être affectés "par les risques financiers et macroéconomiques grandissants émanant de la crise de la zone euro". Autre facteur d'explication selonMoody's, "le fait que les perspectives pour l'économie européenne sont de plus en plus médiocres, ce qui menace la mise en oeuvre des programmes d'austérité et les réformes structurelles nécessaires pour promouvoir la compétitivité". Pour l'agence, ces facteurs vont continuer d'affecter la confiance "fragile" des marchés" vis-à-vis de l'Europe. 

L'annonce deMoody'sintervient au lendemain du vote enGrècedu programme d'austérité exigé par les créanciers du pays, qui devrait aboutir à l'adoption par la zone euro d'un plan de sauvetage d'une ampleur sans précédent dans le monde. Elle intervient aussi alors qu'en France, le gouvernement présente cette semaine à l'Assemblée nationale un projet de loi de Finances rectificative dont la mesure phare, un relèvement de la TVA pour financer la protection sociale, est très contestée par l'opposition et les syndicats - et a subi un camouflet symbolique en commission des Finances. Une lueur d'espoir transparaît tout de même dans le communiqué deMoody's: l'agence reconnaît que "l'engagement des autorités européennes à préserver l'union monétaire et à mettre en oeuvre toutes les réformes nécessaires pour restaurer la confiance des marché est un facteur important ayant limité l'ampleur des ajustements de notes" annoncés lundi. Et l'agence indique qu'elle considère appropriées les notes "Aaa" qu'elle attribue à l'Allemagne, au Danemark, à la Finlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas, à la Suède et, surtout, au Fonds européen de stabilité financière (FESF). Enfin, un autre élément vient relativiser cette perspective négative deMoody's: depuis l'annonce parStandard & Poor'sde l'abaissement de la note "triple A" de la France, le pays n'a pas eu, jusqu'à présent, davantage de difficultés à se financer, ni n'a vu ses taux d'emprunt exploser...

Perspective négative versus menace d'abaissement : quelle différence ?

En octobre, l'agence de notation Moody's menaçait de revoir la perspective de la note de la France dans les trois mois qui suivait. En janvier, elle avait à nouveau reporté sa décision au premier trimestre 2012, maintenant ainsi le triple A français. Lundi soir, elle a abaissé la perspective de la note française de stable à négative. Dans les deux cas, l'agence menace le triple A français, mais l'agence a ici passé un cap, celui de dire qu'un abaissement de la note est - officiellement - de plus en plus envisageable. 
Attention à ne pas lier cependant aux notes comprenant des "+" et des "-". Accolés aux AA, A, BBB etc., ces "+" et "-", correspondent à la note mais en aucun cas à une perspective d'évolution de cette note. Un pays ou une entreprise peut ainsi être noté A+ avec une perspective négative.

Par F.L. le 14 février 2012 à 07:08
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